Interview de Rannveig Aamodt

Découvrez l’histoire de Rannveig Aamodt, une grimpeuse extraordinaire particulièrement inspirante. En effet Rannveig Aamodt a connu un accident en escalade qui l’a laissé sur le carreau, elle a dû faire appel à une volonté hors du commun pour se reconstruire. Sa reconstruction est passé par une nouvelle appropriation de son corps entre autres par le yoga. Maintenant elle partage son expérience lors de conférences, afin de motiver chacun à dénicher ses objectifs personnels et les atteindre.

Rannveig Aamodt interview grimpe et yoga
PHOTO de Rannveig Aamodt par NATHAN WELTON

Interview de Rannveig Aamodt

Rannveig Aamodt vous revenez de loin suite à un accident d’escalade en 2012 vous vous remettez à marcher et à grimper de manière inespérée. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette « résurrection » ?

Le retour à l’escalade après l’accident a été un long voyage. Les premiers mois, j’étais tellement reconnaissant d’avoir survécu que tout le reste n’était que secondaire. Émotionnellement, je me sentais comme si j’avais été pelée comme un oignon jusqu’au plus profond de moi. Mes besoins les plus profonds revenaient à la surface et me laissaient peu de place pour autre chose. Il est devenu très clair pour moi que le plus important dans ma vie était de redevenir active physiquement.

J’avais été tellement près de tout perdre. La pensée de perdre ma capacité à marcher et de ne pouvoir plus jamais grimper était insupportable, il m’était donc plus facile de me concentrer sur tout ce que je pouvais mettre en œuvre pour aller mieux.

J’adore le sentiment de devoir travailler dur pour aller où je veux. Ce n’est pas nécessairement le but ultime qui me donne le plus de plaisir, mais la façon dont je l’atteins.

L’accident m’a permis de clarifier le fait que l’escalade n’était pas la seule chose qui me définissait, c’était quelque chose que je réalisais pour exprimer et me défier. Même si j’ai perdu la capacité de grimper à nouveau, je savais que je restais la même personne avec les mêmes qualités et avec la capacité de travailler dur et de trouver de la joie dans tout ce que je fais. Cette clarification a réveillé une grande force en moi, m’aidant à tout faire revenir.

Le premier mois, j’ai été forcée de rester au lit, à cause des fractures dans mon bassin, le dos, le coude droit et les deux chevilles. À partir du premier jour, mon but était de bouger tout ce que je pouvais bouger et cela autant que possible. À ce stade, il ne s’agissait que de mes orteils, de la main gauche et, progressivement, je pouvais commencer à étirer ma cheville et mon coude. Bien que les petites améliorations, que j’ai faites, semblent de petites gouttes dans l’océan, j’ai rapidement compris que ces micro-étapes préparaient mon corps pour chaque nouvelle étape du chemin. Personne ne pouvait prédire combien de mouvement je pourrais récupérer dans mes chevilles et coude. Selon mes médecins, je pouvais juste oublier de grimper dans les années à venir. Je ne savais pas si je retrouverais de la joie de grimper à nouveau, mais je savais que je devais sortir du fauteuil roulant et que j’avais un océan à traverser avant cela. Afin de ne pas perdre complètement mon esprit, ces petites améliorations sont devenues plus importantes pour moi que toute autre chose.

Des exemples de mes objectifs que j’ai faits réalisé: lever le bras blessé, soulever une cuillère, plier mon bras assez pour me nourrir, atteindre la pointe du nez, me brosser les cheveux, etc.
J’ai levé des poids avec mon bras de travail (surtout pour me souvenir de ce que j’étais et pour sentir que j’avais commencé la «bataille» pour revenir).

Au bout de quatre semaines, je pouvais impliquer mon dos et mon bassin dans ma rééducation, et beaucoup d’exercices comprenaient des élingues de cordes rouges et une piscine chaude.

Après cinq semaines, je glissais avec des genouillère de volley sur mes genoux pour me déplacer (je ne me suis jamais rendu compte jusqu’à quel point c’était important pour la préparation de mon bassin et de la réadaptation).

Après dix semaines, je pouvais impliquer progressivement mes chevilles dans la formation.

Réapprendre à marcher était douloureux et effrayant, et pendant un certain nombre d’heures, je me suis accrochée sans poids dans un harnais sur un tapis de course alors que mon physiothérapeute posait mes pieds sur la ceinture, pas à pas. J’ai travaillé pendant 6-8 heures par jour. J’ai commencé à réapprendre à marcher, j’ai pris des cours de spinning, faisais du yoga et des exercices de force plus exigeants. Après trois mois, j’ai essayé de grimper de nouveau pour la première fois dans un mur d’escalade intérieur. J’ai trouvé que l’escalade me donnait le même plaisir que d’habitude, peu importe les voies que je pouvais grimper. À la fin de mon séjour au centre de réadaptation, j’ai concentré de plus en plus de ma formation vers l’objectif de reprendre l’escalade. Et j’ai commencé mon retour au sport qui m’avait presque tué.

J’ai commencé à travailler avec un entraîneur d’escalade, et ensemble, nous avons systématiquement analysé et attaqué des obstacles comme la peur de la chute et la douleur constante dans mes chevilles. Avec une véritable passion pour l’escalade et une motivation profonde pour me pousser, j’ai pu surmonter ces dernières et continuer à m’améliorer. J’ai appris à répartir toutes les tâches écrasantes en petits morceaux et à me rappeler de me concentrer et de célébrer les petites victoires quotidiennes.

 

 

Quand on revient de si loin cela change forcement sa philosophie de vie. Comment, Rannveig Aamodt appréhendez-vous le sport maintenant ?

Passer un état comme celui-ci a certainement joué un grand rôle dans ce que je suis devenu au cours des cinq dernières années. Je ne prends plus la vie pour acquise.

Cela m’a aidé à mettre tout en perspective et j’ai appris à mettre l’accent sur ce qui est le plus important pour moi dans ma vie.

J’ai appris à ne pas simplement dire OUI aux opportunités, mais aussi à dire NON à tout ce qui me coute. Cela a été difficile, mais m’a également confirmé que j’étais sur «la bonne» voie avant l’accident. J’avais étudié l’acupuncture chez les animaux (pas forcément un choix de profession très sûr ou commun) et j’avais commencé ma carrière de grimpeuse pro quelques années avant l’accident. J’ai toujours suivi mon cerveau et mes ressentis pour prendre des chemins moins traditionnels afin de pouvoir vivre mes rêves. L’accident m’a confirmé à quelle vitesse la vie peut faire un demi-tour drastique, et cette vie est trop courte pour ne pas avoir le courage de faire ce qu’il faut pour vivre la vie que l’on souhaite vivre. Ou pour suivre un chemin qui n’est pas motivé par la passion, car la vie ce n’est pas que les autres veulent ou attendent de vous.

On nous donne le don de la vie, et j’ai l’impression que c’est notre tâche d’en, tirer le meilleur parti possible.

 

Rannveig Aamodt interview grimpe et yoga
Route: The Ivory Tower, 5.11a
Crag: The Nappy Dugout
Area: Rifle, CO
Climber: Rannveig Aamodt
Copyright 2014, Nathan Welton / nathanweltonphoto.com

Vous pratiquez le yoga et l’escalade, est ce que cela vous à aider à vous reconstruire physiquement et mentalement ?

Le yoga et l’escalade ont été les outils les plus utiles pour me reconstruire.

L’escalade m’a aidé à rester motivée pour travailler sur ma condition physique, et le yoga m’a aidé à retrouver ma souplesse, à rester calme, présent et à surmonter mes peurs avec l’aide de techniques de respiration.

 

L’escalade et le yoga sont encore mes outils les plus importants pour m’exprimer.

Je ne suis jamais aussi proche de moi-même que lorsque je travaille une voie d’escalade difficile. Toutes mes forces et mes faiblesses sont claires, et cela me donne l’opportunité de les améliorer

 

Vous orientez nombres de conférences sur comment trouver la motivation pour dépasser des situations difficiles. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Comme je l’ai mentionné plus tôt, je pense que la clé la plus importante pour rester motivé est de décomposer toutes les tâches écrasantes en petits morceaux.

Vous devez constamment vous rappeler de vous concentrer et de célébrer les petites victoires quotidiennes.

Vous devez accepter la situation et trouver un plan d’attaquer.
Vous avez besoin de patience et de flexibilité pour changer votre stratégie si cela ne fonctionne pas.

Vous devez en quelque sorte entrer en contact avec cette motivation intérieure et pouvoir, pour pouvoir faire ce qu’il faut pour atteindre vos objectifs. La façon de trouver cela, c’est de trouver votre déclencheur pour vous sentir bien, car c’est ce qui va garder le feu en vie.

Cherchez-vous dans votre parcours et vos conférences à inspirer d’autres femmes ou jeunes filles à se réaliser au travers d’une passion (sportive ou non) ?

Oui, j’aimerais inspirer les gens à trouver leur passion et à les encourager à faire ce qu’il faut pour atteindre leurs objectifs.

Rannveig Aamodt, si vous pouviez adresser un message à ces jeunes filles qu’aimeriez-vous leur dire ?

Si vous n’avez pas de passion, continuez à chercher.

Obtenez-la, poursuivez vos objectifs et vos passions.
Assurez-vous de créer votre propre définition du succès, et non ce que quelqu’un d’autre a prévu pour vous.

Rêves grand et travailles dur pour ça, cela va toujours être un long chemin, qui ne t’emmènera pas toujours où tu veux, et qui sera même parfois plus longtemps qu’on ne l’imagine!

Pour connaître vos vraies limites, vous devez totalement entrer dans votre tête, et le plus souvent, vous vous rendrez compte que vos limites ne sont pas si insurmontables.

 

On a un petit passage obligé chez On n’est pas que des collants, on demande à ce que les interviewés nous ouvre leur sac, ou on les questionne sur leur entrainement. Et vous, que renferme votre sac d’escalade et de yoga ?

J’ai mon équipement d’escalade, un mini hangboand, un armaid, une bande de résistance, un petit kit de premiers secours, de la craie liquide, des plats amusants, de l’eau et du café!
Ou un yogamat.

 

Si l’on souhaite suivre vos aventures où peut on vous retrouver ?

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 Merci encore pour cette interview Rannveig Aamodt

Rannveig Aamodt interview grimpe et yoga blog http://pasquedescollants.com

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